Science

Richard Hatchett : “Nous devons nous préparer à des épidémies bien pires que le Covid”

Si nous disposons de vaccins protecteurs contre le Covid-19, c’est un peu grâce à Richard Hatchett. Ou plutôt grâce à l’organisme qu’il préside, la Coalition pour les innovations pour la préparation aux épidémies (Cepi). Ce fonds international de soutien à la recherche en vaccinologie a été créé en 2017 par la Norvège, l’Inde, la Fondation Bill et Melinda Gates, le Wellcome Trust et le Forum économique mondial, en réaction à la gestion catastrophique de l’épidémie Ebola. Rejoint depuis par 27 États, la Cepi a largement soutenu les équipes académiques et certaines des biotechs dont les travaux ont débouché sur les injections anticovid actuelles. Ancien président de la Barda, la puissante Autorité américaine pour la recherche et le développement en biomédical, Richard Hatchett détaille à L’Express, en exclusivité pour la France, les stratégies sur lesquelles la Cepi travaille aujourd’hui pour maîtriser cette pandémie qui n’en finit pas, et surtout nous préserver des prochaines menaces. 

L’Express : En France, beaucoup ont le sentiment que l’épidémie de Covid-19 est derrière nous, même si l’arrivée de l’hiver suscite quelques craintes. Partagez-vous cet optimisme ? 

Richard Hatchett : Malheureusement, le Covid ne va pas disparaître, et nous devrons apprendre à vivre avec lui dans la durée. C’est pourquoi, au sein de la Cepi, nous soutenons le développement de nouveaux vaccins contre le Sars-CoV-2. Ceux déjà disponibles se montrent très efficaces mais ils présentent des inconvénients. L’obligation de les conserver à basses températures ainsi que leur coût les rendent peu adaptés aux pays en développement. Or, tant que toute la planète n’est pas protégée, personne ne sera vraiment à l’abri. Nous continuons donc à financer des vaccins de première génération, comme ceux de Novavax et de Clover. Ils devraient bénéficier rapidement d’autorisations et devenir d’importants contributeurs du dispositif Covax, dans l’objectif de faciliter l’immunisation des populations dans les pays les moins avancés. Et bien entendu, nous explorons aussi des solutions pour nous prémunir de nouveaux variants. 

Avant de président la Cepi, Richard Hatchette a dirigé la puissante Barda, l’Autorité pour la recherche et le développement avancé en biomédical, aux Etats-Unis.

Service de presse Cepi

“Nous serions plus tranquilles avec un vaccin “sur l’étagère” au cas où surgisse un agent aussi létal que Nipah et aussi contagieux que la rougeole”

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Sur quelles pistes travaillez-vous ? 

D’abord, sur l’optimisation des vaccins actuels, grâce à la combinaison de certains d’entre eux. Il s’agirait d’administrer par exemple un produit à vecteur viral comme celui d’AstraZeneca puis un autre à protéine recombinante, comme celui de Novavax. Cela peut s’appliquer pour la troisième dose, ou même dès la deuxième. Nous en attendons une protection plus large et plus durable, qui rendra peut-être les rappels inutiles. Si les résultats sont au rendez-vous, les gouvernements bénéficieront aussi d’une plus grande flexibilité dans la gestion de leurs campagnes vaccinales. 

Par ailleurs, nous investissons dans des vaccins de deuxième génération, notamment par administration nasale. Plus faciles à utiliser, ils pourraient induire une immunité muqueuse capable de prévenir les transmissions. Nous soutenons aussi des projets qui, par leur formulation ou le choix de leurs antigènes – pas uniquement la protéine Spike mais aussi d’autres parties du virus – devraient protéger contre de futurs “variants d’échappement”, qui contourneraient l’immunité offerte par les premiers vaccins.  

La question de la troisième dose paraît opposer les intérêts des pays riches et des pays en développement. Comment voyez-vous ce débat ?  

Nous allons financer des essais avec des doses réduites pour les rappels, ce qui permettrait de disposer de plus d’injections. Mais le nombre de vaccins produits dans le monde progresse vite. Six milliards de doses ont déjà été injectées, et les industriels estiment que d’ici à la fin de l’année pas moins de 12 milliards se trouveront disponibles. Mais répondre à cette pandémie et garder une longueur d’avance sur le virus est complexe, et les défis que nous devons relever évoluent constamment. Par exemple, nous sommes peut-être sur le point d’entrer dans une phase où le principal obstacle à la vaccination dans certains pays sera la capacité des gouvernements à transporter et à injecter les doses. Mais nous devrons toujours nous assurer que nous continuerons à produire suffisamment de vaccins pour protéger l’ensemble de la population mondiale, et que ces doses parviendront bien à toutes les personnes qui en ont besoin. 

Beaucoup rêvent d’un vaccin universel, efficace contre tous les variants, voire contre l’ensemble des coronavirus. Pourquoi est-ce si compliqué à mettre au point ? 

Cela dépend des virus. Un seul vaccin suffit à immuniser contre tous les poxvirus, qui causent la variole chez l’homme mais aussi des maladies animales. A l’inverse, la communauté scientifique tente depuis des années de développer un vaccin efficace sur toutes les souches de grippe. Nous progressons, car des parties plus stables du virus influenza ont été identifiées. Mais pour l’instant, personne n’a encore réussi à créer un produit protecteur les ciblant. Cela reste un vrai casse-tête biologique. 

“Nous souhaitons lutter contre tous les virus qui présentent un potentiel épidémique ou pandémique”

La tâche sera peut-être plus facile pour les coronavirus. Un article publié dans le New England Journal of Medicine par des chercheurs singapouriens montre que des individus infectés par le Sras lors de l’épidémie de 2003 puis vaccinés contre le Covid développent des anticorps protecteurs pour de nombreux virus de cette famille. Cette étude ouvre des pistes intéressantes. Nous débarrasser de cette menace serait une grande avancée pour la sécurité sanitaire, cela fait partie de nos priorités pour les cinq prochaines années. Mais nos ambitions ne s’arrêtent pas là : nous souhaitons lutter contre tous les virus qui présentent un potentiel épidémique ou pandémique.  

Lesquels vous inquiètent le plus ?  

Avant le Covid, la Cepi soutenait déjà des recherches sur des maladies prioritaires pour l’Organisation mondiale de la santé : Ebola, Nipah, Mers, Lassa, Chikungunya, etc. Nous allons continuer. Mais nous pensons que la prochaine grande menace viendra plutôt d’un nouvel agent, qui pourrait émerger – comme le Sars-CoV-2 avec les coronavirus – de l’une des 25 familles virales connues pour être dangereuses pour l’homme. 

Le Covid et Ebola avant lui nous ont montré que ce risque n’avait rien de théorique. Avant l’apparition du Sars-cov-2, nous connaissions d’autres coronavirus très transmissibles et d’autres très létaux, comme le Sars-cov-1 et le Mers. Nous savions donc que cette famille avait la capacité d’engendrer des épidémies. De même, les filovirus, qui incluent Ebola, ont causé des flambées localisées mais de plus en plus fréquentes à partir des années 1990. Ils ont fini par trouver un contexte favorable en Afrique de l’Ouest en 2014 et entraîner une épidémie majeure. 

Aujourd’hui, nous surveillons de près les paramyxovirus. Ces virus respiratoires regroupent la rougeole et les oreillons, très contagieux, mais aussi le Nipah dont le taux de mortalité varie de 40 % à 70 %. Nous voyons actuellement des émergences régulières de Nipah. Je peux vous assurer que nous serions bien plus tranquilles si nous disposions de vaccins “sur l’étagère” au cas où surgisse un agent aussi mortel que le Nipah et aussi contagieux que la rougeole. N’oublions jamais que si cette épidémie de Covid est épouvantable, des scénarios bien pires restent possibles. Nous devons nous préparer. 

“L’ARN messager n’offrira peut-être pas une solution adéquate pour tous les virus”

De quelle façon ?  

Un peu comme pour le Covid. Obtenir des vaccins en moins d’un an n’était pas dû uniquement à la chance : nous avions auparavant investi près de 140 millions de dollars dans des recherches contre le Sars-CoV-1 et le Mers. Cela nous a permis de comprendre qu’il fallait utiliser la protéine Spike comme antigène, et ainsi d’aller beaucoup plus vite quand le Covid est apparu. Nous voulons procéder de même avec toutes les familles de virus potentiellement menaçantes, afin de disposer d’une bibliothèque de prototypes de vaccins pour chacune d’elles.  

L’ARN messager a fait ses preuves contre le Covid. Ne permettrait-il pas de répondre rapidement à toutes les menaces ?  

Grâce à cette technologie, nous avons fabriqué rapidement et à grande échelle des vaccins anticovid. Mais elle n’offrira peut-être pas une solution adéquate pour tous les virus. L’ARN messager génère une réponse forte en anticorps neutralisants, mais nous savons qu’il existe d’autres agents contre lesquels une réponse cellulaire s’avère plus efficace. Attention à ne pas mettre tous nos oeufs dans le même panier.  

Pour combien de familles de virus disposons-nous déjà de vaccins ?  

Pour une quinzaine d’entre elles. Mais ces vaccins reposent sur des technologies traditionnelles, et non sur des plateformes de réponse rapide, comme l’ARN messager ou les vecteurs viraux, appliquées pour le moment uniquement aux coronavirus et à Ebola. Nous devons donc prendre les vaccins existants et les adapter à ces nouvelles plateformes. L’enjeu est à la fois sanitaire et économique. Il y a aujourd’hui une volonté politique d’équiper les pays en développement de sites de production pour ces technologies innovantes. Mais s’ils ne fabriquent que des vaccins contre le Covid-19, leur modèle ne sera pas très solide. Il faudrait donc qu’ils produisent d’autres vaccins. 

“Nous avons un plan de R&D pour le monde”

Il a fallu environ trois cents jours pour mettre sur le marché un premier vaccin anti-Covid. Est-il possible d’aller encore plus vite ?  

Nous souhaitons ramener ce délai à cent jours, en nous attaquant à tous les goulets d’étranglement, qu’ils soient réglementaires ou industriels. Par exemple, nous regardons avec nos partenaires comment remplacer les flacons de 10 doses par des sacs de 200 doses pour accélérer le remplissage. Nous sommes ouverts à toutes les idées disruptives. Nous cofinançons ainsi une “imprimante à ARN messager” imaginée par CureVac. Il s’agit d’automatiser et de miniaturiser toutes les étapes de fabrication, de façon à les rassembler dans une sorte d’Algeco facile à déplacer. L’objectif : aller produire au plus près des besoins.  

Les gouvernements sont-ils prêts à financer ce plan ambitieux ?  

Ce que nous proposons, c’est un programme de R&D pour le monde : nous ne réussirons que si le travail est partagé entre toutes les grandes institutions de recherche, la Barda (l’Autorité pour la recherche et le développement biomédical) aux Etats-Unis, la nouvelle agence Hera (l’Autorité de réponse aux urgences sanitaires) en Europe, l’Inserm et l’Institut Pasteur en France, et leurs équivalents ailleurs dans le monde. Si c’est le cas, nous réussirons à nous prémunir contre toutes les grandes menaces en cinq à dix ans. Mais il faudra une volonté politique et des moyens, que nous évaluons à 3,5 milliards de dollars. 

“Les leaders de demain se souviendront sans doute de ces longs mois où, enfants, ils auront été privés d’école”

Ne craignez-vous pas que les pays riches se désintéressent de la question une fois que le Covid ne sera plus un sujet majeur pour eux ?  

Historiquement, les pandémies ont toujours été oubliées très vite. Les gens veulent passer à autre chose. Nous avons toutefois un petit espoir que cette fois, cela soit différent : l’impact global du Covid a été si important qu’il restera peut-être davantage dans les mémoires. Toute une génération de politiciens a été touchée, et les leaders de demain se souviendront sans doute eux aussi de ces longs mois où, enfants, ils auront été privés d’école. Ils internaliseront la menace.  

Mais il est vrai qu’à court terme, les prochaines années s’annoncent difficiles. Le Covid a entraîné des dépenses énormes. Les gouvernements mesurent les risques, mais ils se montreront probablement prudents, d’autant qu’ils doivent aussi investir dans d’autres domaines, à commencer par la création d’outils de surveillance globale des agents pathogènes, ou l’amélioration des systèmes de santé publique. Les besoins sont immenses.  

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Jusqu’ici, la France a toujours refusé de s’engager auprès de la Cepi. Cela pourrait-il changer ?  

Nous l’espérons. Votre pays joue un rôle très important en faveur de la santé mondiale, notamment en Afrique francophone et avec le réseau international des Instituts Pasteur. De notre côté, nous avons établi des partenariats avec de nombreux acteurs chez vous, et des experts français siègent à notre comité scientifique. Nous avons beaucoup de complémentarités, et le soutien de la France à la Cepi serait très précieux.  

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