COVID-19

Une conférence de presse virale présente des informations trompeuses sur les vaccins

Appuyés par cinq médecins disposés en une haie d’honneur derrière eux, ces professionnels de la santé ont pris la parole, le 3 novembre dernier, sous la bannière de Réinfo Covid Québec, qui se décrit comme un collectif de soignants, médecins, scientifiques et universitaires réunis autour d’une idée : le besoin d’une politique sanitaire juste et proportionnée.

À l’instar de l’antenne française Réinfo Covid sur laquelle il est calqué, le collectif n’impose pas une pensée, une idéologie, a précisé d’entrée de jeu l’animateur de l’événement et expert en toxicomanie, Pierre Brisson. Les gens ici ne défendent pas notre position. C’est tout simplement qu’ils ont décidé de passer à l’action. […] On les soutient et on les accompagne là-dedans.

Le logo de Réinfo Covid Québec

Photo : reinfocovid.ca

Les cinq professionnels de la santé ont notamment dénoncé ce qu’ils décrivent comme l’absence de débat sur la gestion de la pandémie, ses dommages collatéraux, le maintien de l’état d’urgence sanitaire, le passeport vaccinal, la vaccination des enfants ainsi que la vaccination obligatoire des travailleurs de la santé, une idée qui a depuis été abandonnée par Québec.

Leur conférence de presse a toutefois également donné lieu à des déclarations fausses ou trompeuses sur les vaccins, que nous décortiquons ici.

Le Dr André Veillette, immunologiste à l’Institut de recherches cliniques de Montréal, estime d’ailleurs qu’aucune des personnes ayant pris la parole lors de la conférence de presse n’est un expert en ce qui concerne la COVID-19. Les experts, dans ce cas, ce sont des gens qui connaissent les virus comme des virologistes, des virologues, des infectiologues et des microbiologistes, ou des gens qui connaissent le système immunitaire comme des immunologistes. Et évidemment, étant donné que c’est une pandémie, il y a aussi les épidémiologistes, dit-il. Le Dr Veillette se dit favorable à ce genre de débat, mais rappelle qu’il doit être basé sur des faits scientifiques.

Seuls deux des participants à la conférence de presse – la pharmacienne Annie Fortin et le dentiste Franck Hugbéké – ont accepté de nous accorder des entrevues. Aucun porte-parole de Réinfo Covid Québec n’a toutefois voulu le faire.

Le vaccin et les décès des enfants

Dernière à prendre la parole, à la toute fin de la conférence de presse, la pharmacienne estrienne Annie Fortin s’est insurgée contre la vaccination des enfants, dénonçant ce qu’elle qualifie d’absence de débat sur cette question. L’immunité acquise par le vaccin contre la COVID comporte des risques. Peu importe les études, on répertorie 1 à 3 décès par 100 000 vaccinés, avance-t-elle. À l’échelle du Québec, si on vaccine tous les 0 à 19 ans, c’est environ 35 décès.

Selon tous les experts à qui nous avons parlé, cette projection de décès ne tient pas la route, et les taux de décès dus au vaccin sont loin de s’approcher des statistiques qu’avance Mme Fortin.

Annie Fortin prend la parole lors de la conférence de presse de Réinfo Covid Québec. Elle porte un sarrau blanc.

La pharmacienne Annie Fortin

Photo :  Radio-Canada

La pharmacienne nous a fourni par courriel les sources sur lesquelles elle s’appuie, le lendemain de notre entretien téléphonique. L’une d’entre elles est le Vaccine Adverse Effects Report System (VAERS) des États-Unis. Celui-ci répertorie les événements indésirables suivant une vaccination qui sont déclarés par les professionnels de la santé ou par les patients au pays.

Entre le 14 décembre 2020 et le 8 novembre 2021, 432 millions de doses de vaccin anti-COVID ont ainsi été administrées aux États-Unis et 9549 rapports de décès ont été déposés après inoculation. Cela représente donc une proportion de 0,0022 % des personnes vaccinées, soit 2,2 personnes par 100 000, selon les CDC (Nouvelle fenêtre), ce qui recoupe les données avancées par Mme Fortin.

Toutefois, comme le mentionne le VAERS sur son site web (Nouvelle fenêtre), un rapport au VAERS ne prouve généralement pas que le ou les vaccins identifiés ont causé l’événement indésirable décrit et, donc, que le vaccin est responsable du décès, comme elle l’affirme. Il confirme seulement que l’événement signalé s’est produit quelque temps après l’administration du vaccin, précise-t-on.

De plus, aucune preuve que l’événement a été causé par le vaccin n’est requise pour que le VAERS accepte le rapport. Le VAERS accepte tous les rapports sans juger si l’événement a été causé par le vaccin.

C’est donc dire que la causalité entre ces décès et les vaccins est loin d’être garantie.

Et comme n’importe qui peut soumettre un rapport au VAERS, ceux-ci varient en qualité et en exhaustivité. Ils manquent souvent de détails et peuvent parfois contenir des informations erronées, peut-on lire sur le site web du VAERS (Nouvelle fenêtre). Selon le site web des CDC (Nouvelle fenêtre), la FDA exige que les prestataires de soins de santé signalent tout décès après la vaccination [contre la] COVID-19 au VAERS, même s’il n’est pas clair si le vaccin en était la cause.

Deux des autres sources de Mme Fortin sont essentiellement des équivalents du VAERS dans d’autres pays, qui présentent des données sans lien de causalité entre les effets indésirables et les vaccins : le Royaume-Uni (Yellow Card Scheme) et la France (des données de pharmacovigilance de l’Agence nationale de sécurité du médicament).

Finalement, Mme Fortin a également fourni une vidéo (Nouvelle fenêtre) d’un youtubeur français qui conjecture que l’ensemble de la surmortalité de certains groupes d’âge, au début de l’année 2021 en Israël, est liée à l’administration du vaccin, sans prouver qu’il y a un lien causal quelconque. Or, les mois en question correspondent au pic épidémique dans ce pays, comme l’a expliqué le réseau français LCI dans un article de vérification (Nouvelle fenêtre).

Il y a des gens qui décèdent en tout temps pour toutes sortes de raisons. Il faut être capable de faire une association claire entre le vaccin et les complications ou le décès de la personne pour dire que c’est lié au vaccin, rappelait dans un article précédent Benoit Barbeau, professeur au département des sciences biologiques de l’UQAM et spécialiste en virologie.

Benoit Barbeau.

Benoit Barbeau est professeur au département des sciences biologiques de l’UQAM et spécialiste en virologie.

Photo : Radio-Canada

Mme Fortin n’a pas voulu réagir à l’absence de causalité de sources – comme le VAERS – lors de notre entretien téléphonique.

Rappelons par ailleurs que les vaccins contre la COVID-19 ne sont pas encore approuvés pour les 5 à 11 ans au Canada et qu’ils font encore l’objet d’analyses par Santé Canada. Sa conseillère médicale en chef, Supriya Sharma, a récemment indiqué (Nouvelle fenêtre) que rien n’était encore joué pour ce groupe d’âge et que Santé Canada autoriserait le vaccin seulement s’il respectait les standards rigoureux que nous avons pour nous assurer que les avantages l’emportent sur les risques.

Selon le gouvernement du Canada (Nouvelle fenêtre), en date du 9 novembre, 208 personnes sont décédées (sans lien de cause à effet) après avoir reçu un vaccin contre la COVID-19, alors que 58,3 millions de doses ont été administrées au pays. De ces cas, six ont été formellement liés à l’administration du vaccin à vecteur viral AstraZeneca, qui provoque de rares cas de thrombose. Les autorités sanitaires enquêtent encore sur 47 de ces décès. Tous les autres décès n’ont aucun lien de cause à effet prouvé avec la vaccination.

Au Canada, aucun décès n’a encore été formellement lié aux vaccin à ARN messager de Pfizer que reçoivent les jeunes de 12 ans et plus ou que recevront les jeunes de 5 à 11 ans s’il est approuvé pour ce groupe d’âge. Les décès formellement liés à ce type de vaccin sont extrêmement rares, et seulement quelques-uns ont été signalés partout dans le monde depuis le début de la campagne vaccinale, notamment en Corée du Sud (Nouvelle fenêtre) et en Nouvelle-Zélande (Nouvelle fenêtre). Ceux-ci étaient liés à des myocardites, soit des inflammations du muscle cardiaque.

Ce que l’on sait sur les myocardites

La pharmacienne a d’ailleurs fait état de ses préoccupations à la conférence de presse sur le risque de myocardite (et de péricardite, une inflammation de l’enveloppe du cœur) chez les enfants vaccinés. À l’échelle du Québec, si on vaccine tous les 0 à 19 ans, c’est environ 35 décès. On doit ajouter à ça un minimum d’une centaine d’enfants avec des conséquences à long terme, entre autres des myocardites et des péricardites qui sont clairement mentionnées sur le site de Santé Canada, a-t-elle dit.

Il est vrai qu’il s’agit d’un effet secondaire connu des vaccins à ARN messager (et bien moins fréquent avec AstraZeneca), mais la plupart des cas sont faciles à reconnaître et à traiter, rappelle le Dr André Veillette.

Le Dr André Veillette parle à la caméra lors d'une entrevue Zoom.

Le Dr André Veillette en entrevue avec les Décrypteurs

Photo : Capture d’écran Zoom

En date du 31 octobre, 1012 cas de péricardite et de myocardite ont été signalés au Canada après la vaccination contre la COVID-19, soit un taux d’environ 1,75 cas par 100 000 doses, selon le gouvernement fédéral (Nouvelle fenêtre). Ce taux est plus faible pour le vaccin de Pfizer (1,51 cas par 100 000 doses) que pour le vaccin de Moderna (2,62 cas par 100 000 doses). L’occurrence de celles-ci est toutefois plus élevé chez les 16 à 40 ans pour le vaccin de Moderna, et chez les 16 à 30 ans pour le vaccin de Pfizer.

Selon une étude israélienne (Nouvelle fenêtre), les hommes de 16 à 29 ans sont le groupe le plus touché par les myocardites avec le vaccin de Pfizer (taux d’environ 10,69 cas par 100 000 patients). Une autre étude dirigée par le même chercheur israélien (Nouvelle fenêtre) a par contre trouvé que les personnes de 16 ans et plus avaient 18 fois plus de risques de développer des myocardites après une infection à la COVID-19 qu’avec le vaccin, mais que ce bénéfice était moins clair chez les jeunes.

Une autre étude israélienne (Nouvelle fenêtre) a trouvé que le taux de myocardite était de 15 cas par 100 000 garçons âgés de 12 à 17 ans. Toutefois, une étude américaine en prépublication (Nouvelle fenêtre) estime le taux de myocardite à la suite d’une infection à la COVID-19 à environ 45 cas par 100 000 garçons de 12 à 17 ans, ce qui représenterait un risque nettement plus élevé.

Les essais cliniques de Pfizer chez les 5 à 11 ans n’ont pas détecté d’inflammation du coeur, mais elles portaient seulement sur 4700 patients (Nouvelle fenêtre), un échantillon trop faible pour tirer des conclusions définitives.

Le Dr Veillette comme le Dr Alain Lamarre, expert en immunologie et virologie à l’Institut national de la recherche scientifique (INRS), estiment toutefois que le taux de myocardite a des chances de se révéler assez faible pour ce groupe d’âge parce que la maladie semble être liée aux taux de testostérone, qui sont bas ou inexistants chez les plus petits. Mais ça reste à déterminer et Santé Canada devra analyser ça de manière rigoureuse, dit le Dr Veillette.

La pédiatre infectiologue Sarah Wizman note d’ailleurs que la dose prévue pour les 5 à 11 ans est trois fois plus faible que celle que reçoivent les adolescents et les adultes, ce qui pourrait réduire les effets secondaires. Les jeunes ont une réponse immunitaire plus robuste, donc à plus long terme, avec plus d’anticorps. C’est pour ça qu’on s’est permis de diminuer la dose, explique-t-elle.

Des fioles du vaccin Comirnaty (Pfizer).

La dose du vaccin de Pfizer prévue pour les 5 à 11 ans est trois fois plus faible que celle que reçoivent les adolescents et les adultes.

Photo : Associated Press / Paul Zinken/dpa

Les risques de la COVID-19 pour les enfants

Mme Fortin demande dans la conférence de presse pourquoi il faudrait faire courir ce risque à nos enfants, alors qu’il ne sont nullement menacés par la maladie, un propos qui fait sourciller la Dre Wizman.

Il y a des personnes qui parlent seulement de myocardites comme conséquences de la vaccination, alors que c’est une plus grosse complication avec l’infection en tant que telle, souligne-t-elle.

La Dre Wizman note que les enfants de 0 à 9 ans représentent plus de 2 % des cas de COVID en soins intensifs au Québec au cours de la quatrième vague (Nouvelle fenêtre), soit 11 cas. Elle souligne également qu’environ 5 jeunes de moins de 19 ans sur 100 000 (Nouvelle fenêtre) qui contractent la COVID-19 souffrent d’un syndrome inflammatoire multisystémique (Nouvelle fenêtre), une inflammation extrême et généralisée qui peut s’étendre au myocarde.

Ce taux pourrait toutefois être aussi bas que 2 sur 100 000, selon certaines études (Nouvelle fenêtre), ou encore aller jusqu’à 31 cas sur 100 000 chez les 21 ans et moins, selon une autre étude (Nouvelle fenêtre).

Les enfants peuvent souffrir de formes de COVID assez graves. C’est vrai que c’est assez rare et qu’il y a eu peu de décès sur la planète, mais il ne faut pas non plus oublier la COVID longue et toutes les autres séquelles graves possibles comme le syndrome inflammatoire multisystémique, ajoute le Dr Alain Lamarre.

Mme Fortin n’a pas voulu réagir aux risques de la COVID-19 pour les enfants lors de notre entretien téléphonique.

Elle mentionne en outre que seulement une personne âgée de 0 à 19 ans est décédée de la COVID-19 au Québec, alors qu’il y en a plutôt eu deux (Nouvelle fenêtre), selon les données de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ). Il n’en demeure pas moins vrai que le risque pour les enfants – surtout les 5 à 11 ans – est nettement plus faible que pour les adultes.

Le vaccin et les risques d’attraper le virus

Le neurochirurgien Alain Roux a quant à lui questionné la valeur sanitaire du passeport vaccinal, en soutenant que les personnes vaccinées peuvent être aussi contagieuses, peuvent attraper autant la COVID et peuvent transmettre autant la COVID que les personnes non vaccinées.

Le Dr Alain Roux s'adresse au public lors d'une conférence de presse. Il porte un veston et une chemise.

Le Dr Alain Roux en conférence de presse avec Réinfo Covid Québec

Photo : Radio-Canada

Bien qu’il dise s’appuyer sur toutes les lectures scientifiques qu’il fait, ses arguments sur l’efficacité des vaccins contredisent la littérature et les données disponibles. Oui, il est possible pour les personnes vaccinées d’attraper et de transmettre la COVID, mais les risques sont moindres que pour les personnes non vaccinées.

C’est grandement réduit, mais ce n’est évidemment pas zéro. Quand il dit ça, il présente de façon biaisée et incomplète certaines données, analyse le Dr André Veillette.

Les vaccins demeurent efficaces pour freiner la propagation du virus même si des questions demeurent sur la diminution graduelle de leur efficacité. Selon les données du 10 novembre au Québec (Nouvelle fenêtre), il y avait 8682 cas de COVID-19 chez les personnes non vaccinées dans les 28 derniers jours et 4864 cas actifs chez les personnes vaccinées à deux doses.

En chiffres absolus, il y a davantage de personnes non vaccinées qui sont infectées, mais en chiffres relatifs, la différence est encore plus frappante : puisque 74,4 % de la population est vaccinée à deux doses et que 22,8 % est non vaccinée, ce sont 2,74 personnes pleinement vaccinées sur 100 000 qui étaient infectées, contre 15,5 personnes sur 100 000 pour les personnes non vaccinées. Cela veut donc dire qu’une personne non vaccinée aurait 4,6 fois plus de risques qu’une personne vaccinée à deux doses de contracter le virus, selon la méthodologie de l’INSPQ, qui ajuste le risque selon l’âge.

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Sans mentionner que les vaccins réduisent de manière importante le risque de complications graves de la maladie, d’hospitalisations et de décès. Selon la méthodologie de l’INSPQ, une personne non vaccinée a 16,2 fois plus de risques d’être hospitalisée qu’une personne vaccinée à deux doses.

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Contagiosité des personnes vaccinées

Pour ce qui est de la transmission du virus, une étude qui a suivi 621 Britanniques sur une période d’un an (Nouvelle fenêtre) publiée à la fin d’octobre dans la revue scientifique The Lancet a effectivement conclu que les personnes vaccinées sont des propagatrices efficaces du variant Delta du virus. Les chercheurs ont noté que les personnes vaccinées avaient un pic de charge virale semblable à celui des personnes non vaccinées, mais que la diminution de la charge virale était plus rapide chez les personnes vaccinées.

Notons d’ailleurs que les vaccins sont bien plus efficaces pour empêcher la transmission du variant original (Alpha) du virus. La charge virale des personnes vaccinées est de 40 à 50 % inférieure à celle des personnes non vaccinées pour celui-ci, selon l’étude. Le variant Delta est toutefois aujourd’hui celui qui domine.

L’étude du Lancet a également montré que 38 % des personnes non vaccinées vivant dans le même foyer qu’une personne infectée ont attrapé le virus, tandis que c’était le cas pour 25 % des personnes pleinement vaccinées. Il s’agit donc d’une autre preuve que les personnes vaccinées sont mieux protégées que les non vaccinées, même dans les contextes les plus favorables à l’infection.

Ce qu’il faut garder en tête est que la transmission étudiée dans ce contexte-là est dans une maisonnée, avec des contacts très étroits et prolongés. C’est l’un des contextes les plus propices à la transmission, fait d’ailleurs remarquer le Dr Alain Lamarre.

Un virus qui s’atténue?

Le Dr Roux met en doute la pertinence du maintien de l’état d’urgence sanitaire, puisque les statistiques de décès liés à la COVID et d’hospitalisations diminuent de vague en vague et qu’elles sont actuellement bien plus faibles qu’en début de pandémie.

On a tracé une tendance et vous voyez très bien qu’elle est à la baisse, et puis c’est conforme à l’évolution normale d’un virus au sein d’une population. On sait que sa virulence va s’atténuer avec le temps, en même temps que l’immunité collective de la population va augmenter, dit-il dans la vidéo, ce qui fait quelque peu sourciller le Dr Lamarre.

Je ne suis pas contre le principe de base d’avoir une discussion sur les enjeux, et s’il y a des gens qui ont des points de vue différents, ça peut juste enrichir le débat. Le seul petit bémol, c’est que, quand on veut présenter des évidences scientifiques pour faire des recommandations, c’est toujours une bonne pratique de montrer l’ensemble des données.

Je pense que maintenir l’état d’urgence sanitaire est une décision politique et non scientifique, et il y a effectivement plusieurs voix qui s’élèvent en ce moment pour faire bouger le gouvernement là-dessus, poursuit-il. Mais l’argument est présenté comme si le virus s’atténuait naturellement avec les différentes vagues parce qu’il y a moins de décès, alors qu’on sait clairement que c’est dû à la vaccination. C’est vrai que les virus s’atténuent dans le temps, mais ça ne semble pas être le cas présentement, surtout lorsqu’on considère les variants plus contagieux et virulents.

Le Dr Roux n’a pas voulu nous accorder d’entrevue dans le cadre de cet article. Il nous a adressés au porte-parole de Réinfo Covid Québec, Robert Béliveau, qui a lui aussi refusé de nous accorder une entrevue à moins que celle-ci soit diffusée en direct.

Effets à long terme

Plusieurs des personnes présentes à la conférence de presse ont mis l’accent sur le fait que les effets secondaires à long terme des vaccins à ARN messager étaient pour l’instant inconnus.

Une main gantée tenant une fiole dans laquelle est insérée une seringue.

La quasi-totalité des effets secondaires de vaccins sont mineurs et sont ressentis à court terme, selon l’expert en virologie Benoit Barbeau.

Photo : Associated Press / Darko Vojinovic

Comme l’expliquait le spécialiste en virologie Benoit Barbeau dans un précédent article, il est effectivement impossible de dire avec certitude que des effets secondaires à long terme n’existent pas. Toutefois, le spécialiste estime que cette réalité ne devrait pas être exagérée ou utilisée pour alimenter des discours antivaccins parce que la quasi-totalité des effets secondaires de vaccins sont mineurs et sont ressentis à court terme. En général, les autorités de santé parlent d’un délai de six à huit semaines après l’injection.

M. Barbeau précise en outre que les effets secondaires se font généralement ressentir plus rapidement pour les vaccins à ARN messager que pour les vaccins à adénovirus. Il rappelle aussi que cela fait plus de 20 ans que des essais cliniques et des recherches sur la technologie de l’ARN messager sont en cours. Le Dr André Veillette ajoute que, selon lui, la probabilité que les vaccins à ARN messager provoquent des effets à long terme n’est pas très grande.

Questionné à ce sujet lors de la conférence de presse, le pharmacien membre de Réinfo Covid Québec Jean-Yves Dionne, qui s’identifie comme expert en santé intégrative et en produits de santé naturels, a rappelé que les effets secondaires graves de certains médicaments ont été découverts seulement après plusieurs années.

Il cite en exemple le Diéthylstilbestrol, une hormone censée prévenir les fausses couches chez les femmes qui a provoqué de nombreux cas de stérilité chez les filles. M. Dionne n’a pas été en mesure de fournir un exemple de vaccin ayant des effets à long terme, mais il soutient que les vaccins à ARN messager sont différents parce que la technologie est nouvelle.

Les ordres professionnels réagissent

Les ordres professionnels des dentistes, des pharmaciens et des médecins ont tous trois réagi à la participation de certains de leurs membres à la conférence de presse de Réinfo Covid Québec par voie de courriel.

Bien que nous soyons conscients que certains dentistes puissent ne pas être d’accord avec les mesures imposées pour mettre fin à la pandémie actuelle, nous croyons qu’ils ont une responsabilité de bien informer la population, à titre de professionnels de la santé, en conformité avec le consensus sur la vaccination qui émane de la communauté médicale et scientifique, a écrit le Dr Guy Lafrance, président de l’Ordre des dentistes du Québec.

Le porte-parole de l’Ordre des pharmaciens du Québec, Paul Cérat, a rappelé de son côté que l’article 18 du code de déontologie de la profession stipule que le pharmacien doit s’appuyer sur des données scientifiquement acceptables et des normes professionnelles reconnues et doit éviter le recours à l’exagération dans ses déclarations publiques traitant de l’exercice de la pharmacie. S’il y a eu des plaintes contre [les deux pharmaciens présents], je peux simplement vous dire que les enquêtes suivront leur cours et que ce processus est strictement confidentiel, a-t-il ajouté.

Le Collège des médecins (CMQ) a fait savoir qu’il ne réagirait pas aux propos tenus à la conférence de presse. Toutefois, la porte-parole Leslie Labranche a confirmé que celle-ci a été portée à son attention. Le Collège s’attend à ce que tous les médecins communiquent à la population des informations conformes aux données actuelles de la science, a-t-elle écrit.

Dans une note publiée cette semaine (Nouvelle fenêtre), le président du CMQ, le Dr Mauril Gaudreault, a lancé un avertissement aux membres qui propagent de la désinformation. Nous pouvons comprendre que tous les médecins ne soient pas d’accord avec les mesures sanitaires et la vaccination contre la COVID-19. Il n’en demeure pas moins qu’ils ont la responsabilité de bien informer la population, a-t-il écrit.

Certains groupes de professionnels de la santé, incluant des médecins, expriment sur plusieurs tribunes des convictions personnelles loin des consensus médicaux et de la science en général. Le Collège n’hésitera pas à prendre les mesures nécessaires pour que cesse cette désinformation faite par des médecins, a-t-il poursuivi. Elle nuit aux efforts collectifs, déployés depuis près de deux ans, pour lutter contre une pandémie aux conséquences dévastatrices à l’échelle planétaire, enchaîne-t-il.

Decrypteurs. Marie-Pier Élie, Jeff Yates, Nicholas De Rosa et Alexis De Lancer.

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