COVID-19

Vaccination: 14 millions de doses distribuées en un an

Entre le premier vaccin reçu par Gisèle Lévesque, le 14 décembre 2020, et les 13,7 millions de doses distribuées depuis se trouvent des gens qui ont fait beaucoup de sacrifices pour mener la campagne de vaccination. Leur engagement aura été très prenant et représente le défi d’une vie.

• À lire aussi: Vaccination: une année complètement folle pour «la porteuse de bonnes nouvelles»

Un an après le début de la campagne massive de vaccination, Le Journal s’est entretenu avec des responsables de la vaccination dans diverses régions. Pour comprendre l’ampleur du travail accompli en coulisse (voir plus bas), mais aussi pour comprendre l’ampleur de l’engagement qui a permis ce tour de force.

Tous les directeurs avec qui Le Journal s’est entretenu sont unanimes. Ils ne revivront probablement jamais une telle frénésie dans leur carrière.

Mais pour se permettre de gérer efficacement la distribution des 13 millions de doses dispensées au Québec jusqu’à maintenant, il aura fallu plus que l’engagement des directeurs eux-mêmes.

En fait, ce sont leurs familles et leurs entourages en entier qui ont dû accepter de relever le défi.

Jusqu’aux voisins

«Il y a même mes voisins qui nous ont fait à manger parce qu’ils savaient que j’allais rentrer tard quand on organisait des sites. C’était un engagement citoyen de plusieurs personnes et ça m’a beaucoup touchée», raconte avec émotion Zina Benshila qui était, jusqu’à début décembre, directrice de la vaccination au CIUSSS du Nord-de-l’Île-de-Montréal.

Pour d’autres, ce sont les jeunes enfants qu’on devait laisser à la maison, souvent à regret, mais en gardant toujours en tête le but à atteindre.

«Mes enfants avaient un an et trois ans quand ça a commencé et je ne les ai à peu près pas vus pendant plusieurs mois. […] Mon mari vous dirait probablement que je n’ai pas existé pour lui pendant au moins six mois. C’est un sacrifice important de la famille», confie Isabelle Parent, directrice du côté de Laval.

«Ma fille avait trois ans au départ et va en avoir cinq au début 2022. Elle a vite su c’était quoi, la COVID, la vaccination, mais j’ai aussi dû expliquer souvent que maman était en mission», ajoute son homologue de Chaudière-Appalaches, Marie-Ève Tanguay, qui planifie d’ailleurs un congé différé d’un an à la fin de son mandat pour «rattraper le temps perdu».

Émotions fortes

Au fil de la campagne, devenue le point de mire de la population, les gestionnaires ont aussi vécu des émotions fortes, amplifiées par le stress et les longues heures. Des instants, des paroles, des visages qui les auront marqués.

«J’ai toujours cette image-là en tête, [celle] d’une dame, la première semaine, qui se présente avec sa fille de 33 ans atteinte du cancer. Ça te prend au cœur. Elle me dit en pleurant: “vous devez la vacciner, elle est en danger”. Et toi, tu es obligée de dire non», raconte avec émotion Patricia McKinnon, directrice dans la Capitale-Nationale, ajoutant avoir bien souvent eu le regret de «ne pas avoir plus de doses».

À l’inverse, certains moments qui se rapprochaient davantage du concert rock ont provoqué, chez les directeurs, une euphorie qu’ils vivent rarement dans leurs rôles habituels.

«Mon moment marquant a été la première journée de sans rendez-vous. Des files interminables de gens avec des chaises de camping dans le stationnement du centre des congrès. Gérer les insatisfaits, les policiers, les files de quatre ou cinq heures d’attente, on était ailleurs de ce qu’on fait habituellement en tant que gestionnaire de la santé», se souvient en riant Frédérique Morin, coordonnatrice en Outaouais.

Ce sont tous ces moments qui font dire aux responsables que les derniers mois ne se vivent «qu’une seule fois dans une vie».

«Avec le recul, malgré tout ce qui s’est passé, les mots qui me viennent en tête sont: colossal, magique et même miracle. On a déplacé des montagnes», estime Zina Benshila.

Dans les coulisses de la vaccination de masse    

DES CONSIGNES CHANGEANTES ET COMPLEXES

Le tout premier vaccin administré au pays a été injecté à Gisèle Lévesque­­­, au CHSLD Saint-Antoine de Québec, le 14 décembre 2020. Ce moment aura été le point de départ d’une campagne qui est venue avec un nombre incalculable de directives à assimiler pour les dirigeants de l’opération vaccination.

Photo courtoisie, Patrick Lachance MCE

Le tout premier vaccin administré au pays a été injecté à Gisèle Lévesque­­­, au CHSLD Saint-Antoine de Québec, le 14 décembre 2020. Ce moment aura été le point de départ d’une campagne qui est venue avec un nombre incalculable de directives à assimiler pour les dirigeants de l’opération vaccination.

Quand on leur pose la question, les responsables de vaccination sont unanimes: les consignes nombreuses et très variables leur ont donné quelques cheveux blancs dans la dernière année.

«Ces consignes contradictoires, c’est ce qui nous a rendus fous! Et ce n’est pas la faute de personne», lance Isabelle Parent, responsable au CISSS de Laval.

En Chaudière-Appalaches, c’était dès la première semaine alors qu’on planifiait la chaîne de distribution des vaccins à travers les CHSLD de la région… Jusqu’à ce qu’on apprenne qu’aucun vaccin ne pouvait être déplacé. «Ça a commencé comme ça. Tout ce qu’on venait de construire, on devait recommencer à zéro. C’est là qu’on a compris qu’on n’aurait pas de contrôle sur grand-chose», se souvient Marie-Ève Tanguay.

Bien souvent, les gestionnaires voyaient les directives changer une, deux ou même trois fois en l’espace de quelques heures. «Je me rappelle avoir donné trois entrevues dans la même journée où j’ai modifié chaque fois ce que je disais. Pas parce que je dis n’importe quoi, mais parce que ça avait évolué en quelques heures. Il fallait être là pour comprendre la vitesse de tout ça», ajoute Nency Héroux, du CISSS de l’Outaouais.

DES JOBS À INVENTER À MESURE

Les premières livraisons de vaccins étaient sécurisées vu l’enjeu majeur qu’elles représentaient.

Photo d’archives, Didier Debusschère

Les premières livraisons de vaccins étaient sécurisées vu l’enjeu majeur qu’elles représentaient.

Les directions de la vaccination ont été créées de toutes pièces dans les CISSS et CIUSSS de la province. Et à mesure que la campagne vaccinale avançait, des nouveaux postes ou des nouvelles responsabilités ont dû être improvisées, bien souvent à la dernière minute.

«Il y a eu plein d’idées qui ont l’air le fun de même, mais par exemple, le VacciBus, c’est beaucoup de logistique. Ça paraît bien quand on le présente aux journalistes, mais en arrière, on réalise sur place qu’il y a une génératrice et qu’il faut du gaz. Et au CISSS, on n’en avait pas de préposé au gaz dans la génératrice. On a inventé des jobs tout pleins», illustre en riant la directrice de l’Outaouais, Nency Héroux.

Même chose à Québec, où l’informatisation de la campagne vaccinale a donné du fil à retordre aux équipes composées en majorité de retraités pas tous très technos. «On avait des agents accompagnateurs qui se promenaient entre les postes et qui disaient: “Non, c’est là qu’il faut cliquer. C’est ça le mot de passe”. On a dû créer des assistants informatiques pour supporter ce monde-là», se souvient Patricia McKinnon.

DES ENJEUX D’APPROVISIONNEMENT QUI DONNENT DES SUEURS FROIDES

Les premières livraisons de vaccins étaient sécurisées vu l’enjeu majeur qu’elles représentaient.

Photo d’archives, Dominique Lelièvre

Les premières livraisons de vaccins étaient sécurisées vu l’enjeu majeur qu’elles représentaient.

Parmi les imprévus ayant causé le plus de maux de tête aux gestionnaires, les quantités changeantes de vaccins ont fait partie des plus compliqués à gérer.

«Les pires moments, c’est quand on avait des changements de livraison. Tu as beau faire un beau plan, tant de doses par semaine, là, bang! Du jour au lendemain tu te fais dire: “eh non, on coupe ta livraison de 50%!” […] Tu as ouvert tes rendez-vous, tout est pris et faut que tu coupes», se souvient Patricia McKinnon, de la Capitale-Nationale.

La directrice en Outaouais se souvient très bien d’une tempête aux États-Unis qui avait repoussé des livraisons de vaccins. «Il a fallu rapidement bouger des plages horaires et on a rappelé 1000 personnes en une seule journée pour déplacer des rendez-vous. Cette réalité-là, surtout au début, n’était pas simple du tout», lance Nency Héroux, insistant sur ce stress constant de «travailler avec des approximations».

UN PARCOURS CHRONOMÉTRÉ À LA SECONDE

Dans la tête de chaque gestionnaire, le mantra était simple : efficacité maximale. Chaque étape de vaccination était donc chronométrée.

Photo d’archives, Ben Pelosse

Dans la tête de chaque gestionnaire, le mantra était simple : efficacité maximale. Chaque étape de vaccination était donc chronométrée.

Pour maximiser le nombre de personnes vaccinées à l’heure, les centres de la province étaient de réelles fourmilières où chaque geste était calculé. Dans la tête de chaque gestionnaire, le mantra était simple: efficacité maximale.

«Par exemple, on a retiré les chaises à l’évaluation parce qu’on a réalisé que c’était moins long. Tout était chronométré. Une minute et demie à l’enregistrement, deux minutes au questionnaire, tout était normé à la minute», explique Nency Héroux, citant en exemple la méthode «lean», où tout gaspillage doit être éliminé.

Or, dans une campagne vaccinale qui devient la première sortie d’une grande majorité de la population après un an de confinement, on a vite réalisé que plusieurs avaient envie de jaser, tant chez les clients que le personnel. Voilà un autre enjeu à gérer et qui était non négligeable.

«Ça prenait du temps et il fallait vacciner, mais on comprenait, donc pour s’adapter, on a créé des équipes de soutien social qui, elles, allaient jaser avec nos personnes âgées dans le 15 minutes d’attente. Ils avaient besoin de ça et on a des professionnels qui ont offert bénévolement de venir jaser», raconte Zina Benshila.

EFFORT DE GUERRE DES PROFESSIONNELS ET DES RETRAITÉS

Des professionnels de la santé et des retraités du réseau se sont mobilisés dans toutes les régions du Québec pour mener à bien l’opération vaccination.

Photo d’archives, Martin Alarie

Des professionnels de la santé et des retraités du réseau se sont mobilisés dans toutes les régions du Québec pour mener à bien l’opération vaccination.

L’ensemble des responsables qui se sont confiés au Journal sont unanimes: si la campagne a été une telle réussite, c’est surtout grâce à l’engagement des professionnels et des retraités qui ont levé la main pour faire leur part.

«99% de notre main-d’œuvre vient de JeContribue et sont indépendants de fortune. S’ils décident qu’ils ne rentrent pas demain, ils ne rentrent plus», fait remarquer Patricia McKinnon, illustrant l’engagement de ces gens «qui sont toujours là».

«Des retraités de 75 ans qui font des 12, 15 heures par jour, ça m’a impressionnée. Tu peux juste dire wow!», ajoute son homologue lavalloise, Isabelle Parent.

Selon le ministère de la Santé, 40% des 39 000 embauches réalisées via la plateforme JeContribue ont été attitrées à la vaccination, soit plus de 15 000 personnes.

DU FAX À L’INFORMATISATION COMPLÈTE

Informatiser complètement la plus importante opération de la pandémie, de la prise de rendez-vous à la preuve vaccinale, était un pari risqué, mais qui a finalement rapporté gros.

«Nos centres n’ont aucun papier alors qu’on est dans l’ère où il y a encore des fax dans les hôpitaux», fait remarquer Patricia McKinnon pour illustrer l’ampleur du défi. «Tu te dis que ça n’arrivera jamais, que ça ne fonctionnera pas, mais oui, on l’a fait.»

«Il fallait adapter nos outils, nos processus», ajoute Zina Benshila, qui était jusqu’à tout récemment directrice au CIUSSS du Nord-de-l’Île-de-Montréal. «Le réseau est vieillot et très gros, donc il fallait être créatif pour soulever des montagnes en très peu de temps pour rendre le service», ajoute-t-elle, qualifiant l’informatisation du parcours patient de «remarquable innovation».

DES LEÇONS À TIRER POUR LE RÉSEAU

Au vu de tous ces accomplissements, le souhait des gestionnaires est maintenant que le réseau garde des leçons des tours de force accomplis dans les derniers mois. Principalement au niveau de l’informatisation et de l’organisation du travail.

«On a vu qu’on pouvait faire de très grandes choses en très peu de temps», analyse Marie-Ève Tanguay, directrice en Chaudière-Appalaches. «J’espère qu’on va maintenant voir la façon de gérer des projets différemment.»

Même son de cloche chez sa collègue de Québec, qui espère un grand post-mortem sur la façon de gérer. «Il n’y a plus de grands comités, de planification à très long terme. On est dans les courtes rencontres, avec les acteurs clés, tout est fait en vitesse. Là, on ne peut plus se dire qu’on n’a pas la capacité, il faut se demander ce que ça prendra pour le faire», insiste Patricia McKinnon.

Et au niveau technologique, est-ce qu’on est en mesure d’espérer la fin des formulaires sans fin pour toute demande?

«S’il y a une leçon à retenir pour moi, c’est de faire confiance à la technologie et d’accepter de l’introduire, petit à petit, dans l’organisation de nos services et nos soins», estime Zina Benshila, précisant que le réseau devra aussi se recentrer sur le patient.

«On a éliminé beaucoup d’irritants bureaucratiques pour se concentrer sur les besoins du patient. Ça aussi il faudra le retenir.»

À VOIR AUSSI: 

WeaPlay, WordPress Theme, Business Consulting Nulled, Avada 7.4 Nulled, Newspaper – News & WooCommerce WordPress Theme, Nulledfire, Elementor Pro Weadown, Astra Pro Nulled, Plugins, Rank Math Seo Pro Weadown, Woodmart Theme Nulled, Elementor Pro Weadown,Woodmart Theme Nulled, Wordfence Premium Nulled, Flatsome Nulled, Yoast Nulled, Woocommerce Custom Product Ad, Jannah Nulled, Dokan Pro Nulled, Fs Poster Plugin Nulled, Jnews 8.1.0 Nulled, PW WooCommerce Gift Cards Pro Nulled, Newspaper 11.2, Premium Addons for Elementor, Slider Revolution Nulled, Wpml Nulled, PHP Script, WP Reset Pro, Consulting 6.1.4 Nulled

Back to top button